Saint-Valentin : naguère une fête collective et sex-ubérante

Le dînette en tête à tête avec les surgelés achetés au supermarché ou chez Fauchon si on a les moyens, les bougies odorantes et cancérigènes, les gentils petits cadeaux échangés… C’est notre Saint Valentin XXIè siècle, façon bourgeoise ou anti. Mais toujours cucul. A l’image somme toute de notre société qui se pense transgressive et libérée parce que les homos font les zigues et les ziguettes sur des chars et veulent se coupler comme tout le monde.

On a oublié. Et beaucoup même l’ignorent car on apprend des tas d’inutilités à l’école sur Jésus, Mahomet, Yaveh et je ne sais qui, entre le français, l’english et les maths. Mais on n’apprend rien sur la Saint Valentin. C’est bien dommage car ça pimenterait la vie à beaucoup s’ils savaient comment se déroulait la saint Valentin d’avant. C’était sacrément plus déconnant! Normal, c’est une invention des Italiens, qui sont déjà de nature plus marrants que nos Français avec leurs gueules de blasés dépressifs. Ou, pour être plus exact, des premiers Italiens : les Romains

D’abord la saint Valentin n’avait pas ce nom. On ne fêtait pas Valentin mais Lupercus, protecteur des champs et des troupeaux. Et les fêtes données en son honneur s’appelaient Lupercales, tombant  le 14 février ou à peu près, pour célébrer la fertilité, la fécondité, donc l’Amour, à coup de festins et orgies variées. Clou des festivités, la « course des luperques » autour du Mont Palatin (en plein centre de la Rome actuelle) où se situe la grotte.

Ce jour-là, raconte un témoin, toute la population était en effervescence, et chaque citoyen nourrissait, au plus profond de son coeur, un espoir ou un voeu secret qu’il souhaitait voir se réaliser, grâce aux pouvoirs du puissant Faunus (le dieu Pan) qui présidait à l’évènement.

On commence par offrir une virginité

Les festivités débutaient par un sacrifice dans la grotte pour s’assurer la bienveillance du dieu de la Nature féconde. Les Luperques lui offraient la virginité d’une jeune fille. Celle-ci, placée sur l’attribut viril de la statue de Faunus Lupercus, devait rester immobile jusqu’à l’accomplissement du sacrifice. Mais le temps fort de la cérémonie consistait en l’offrande d’animaux. Chèvres, boucs et chiens étaient successivement immolés par les prêtres afin de satisfaire le dieu. Fallait bien mériter le reste.

On conduisait ensuite deux jeunes patriciens devant l’autel. L’officiant leur touchait le front avec le couteau rituel encore sanglant, avant de les essuyer avec des tampons de laine imbibés de lait. Ce simulacre d’immolation était aussitôt suivi d’une renaissance symbolisée par l’application de laine imbibée de lait. Afin de manifester leur bonheur d’accéder ainsi à une vie nouvelle, les deux jeunes gens surmontaient leur émotion et éclataient de rire.

L’éclat de rire des jeunes « sacrifiés » exprimait la joie de la renaissance. Il sonnait aussi le départ de la grande course des prêtres luperques à travers la ville. Enduits du sang des animaux immolés avant d’être trempés dans du lait, les prêtres, vêtus de peaux de bouc, quittaient le mont Palatin et traversaient la ville au pas de course.

Loin d’être effrayées par ces jeunes hommes largement dévêtus, les femmes se plaçaient sur leur route. Les Luperques, armés de fouet dont les lanières avaient été découpées dans la peau des animaux fraîchement sacrifiés, flagellaient tour à tour les femmes enceintes et les femmes stériles, les unes désireuses d’éviter ainsi les douleurs de l’accouchement, les autres pensant trouver remède à leur infécondité. Les Romaines sans enfant se plaçaient sur le parcours des Luperques en tendant leurs mains ou en retroussant leurs robes jusqu’en haut des cuisses pour recevoir les coups qui mettront un terme à leur stérilité. Quant aux jeunes mères, elles étaient également fouettées dans le but de faciliter leur montée de lait.

Un festin dans une ambiance de Bacchanales

Après la grande course des Luperques, un banquet final était organisé. Ce festin, abondamment arrosé, se déroulait dans une ambiance digne des Bacchanales. Amateurs de jeux de hasard, les Romains en profitaient pour organiser une loterie quelque peu particulière: chaque jeune fille inscrivait son nom sur un parchemin qu’elle déposait dans une jarre et chaque jeune garçon tirait au sort le nom de celle qui devait l’accompagner à la soirée. Placée sous la protection de Junon, déesse du mariage, cette charmante tradition était parfois à l’origine de futurs couples.

Si, lors des festivités de février, les Luperques couraient nus, ou presque, à travers la ville, ce n’était nullement un hasard, mais bel et bien la volonté du dieu Faunus qui gardait en mémoire la malheureuse aventure qu’il eut avec Omphale, la ravissante souveraine de Lydie. À cette époque, le héros Hercule était l’esclave de la reine. Très avisée en affaires, celle-ci l’avait acheté afin d’en faire son amant, si bien qu’Hercule ne lui donna pas moins de trois descendants.

Le héros était vivement épris de la reine Omphale, qui profitait également des services de cet incomparable guerrier pour débarrasser son royaume des brigands. Désarmé par les charmes de sa jeune maîtresse, Hercule s’efforçait d’exaucer tous ses caprices. Et la jeune femme s’amusait à l’habiller de ses vêtements féminins tandis qu’elle revêtait la légendaire peau de lion du héros. Ce fut ainsi travestis que les deux amants s’endormirent, le soir où Faunus décida de s’introduire dans leurs appartements.

Car le dieu avait aperçu Omphale la veille, au milieu des vignes, et devint fou de désir. Il avait sur-le-champ juré aux divinités de la montagne qu’il n’aimerait plus qu’elle, et s’était décidé à l’enlever pendant son sommeil. Quand Faunus arriva dans la chambre de la reine, il tâtonna dans l’obscurité. Arrivé au pied du lit, il entendit un léger bruissement de soie. Sûr de lui, il se glissa sous les couvertures.

Arrivée du politiquement correct et fin des Lupercales

Mal lui en prit, car c’est la jambe velue d’Hercule que sa main caressa. Avant qu’il n’ait eu le temps de comprendre, le malheureux intrus fut projeté de l’autre côté de la pièce d’un violent coup de pied, alors qu’Omphale, hilare, se gaussait de ce prétendant ridicule. Depuis ce jour, Faunus maudit les vêtements et exigea que ses fidèles procèdent, nus, aux rites destinés à l’honorer.

Mais toutes les bonnes choses ont malheureusement une fin. Lorsque l’Empire romain se convertit, de gré et de force, au christianisme, qui lui ne rigolait pas et baisait encore moins, les Lupercales furent interdites et remplacées par la fête de saint Valentin, instituée à la date du 14 février, soit un jour avant les ex-Lupercales. Pour continuer, mais en politiquement correct de l’époque.

Compte tenu du souvenir salace auquel la célébration resta longtemps associée, Valentin n’a aucun rapport avec un quelconque martyr du même nom. Le nom pourrait venir du latin « valens », qui signifie plein de vigueur… Vous m’avez compris ! On peut aussi faire d’autres rapprochements. Ainsi de « galant » et « galantin », proches phonétiquement de notre « valentin », qui signifiaient à l’origine vif, bouillonnant. Et la galanterie désignait au XVIè siècle un acte de bravoure. Faits d’arme qui n’ont rien à voir avec ceux dont Napoléon félicitait ses « braves » grognards.

Là-dessus, je laisse les valentin et les valentine à leurs regrets. Ou à leurs espoirs. Peut être qu’un jour où il n’y aura plus ni rabbins, ni curés, ni imams, ni marchands pour nous refiler leur camelote, les « lupercales » reviendront.

Albane Capuron

http://www.metamag.fr

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