Pourquoi nous sommes Européens et non pas Occidentaux

Les tenants des vieilles droites dans la partie ouest de notre continent s’engagent pour la «défense de l’Occident». La Nouvelle Droite, dans le sillage des critiques conservatrices-révolutionnaires et nationales-révo­lutionnaires allemandes, avec Alain de Benoist et Guillaume Faye, ont soumis la notion d’Occident à une critique serrée, au nom de l’Europe. Du coup, dans l’espace linguistique francophone, les droites sont désormais divisées en deux camps: celui des Occidentalistes et celui des Européens ou Néo-Européens (l’expression est de Faye, sou­cieux de donner une dimension projectuelle et «futuriste» à son engagement et de le détacher de tout ancrage pas­séiste et démobilisateur). Ce clivage oppose aussi souvent, à de très rares exceptions près, ceux qui s’accomodent du libéralisme et de l’américanisation des mœurs en gardant comme alibi ou comme colifichet un christianisme intégriste ou moderniste, d’une part, à ceux qui luttent pour un socialisme enraciné, contre le ni­vellement culturel venu d’outre-Atlantique, d’autre part, tout en refusant le discours manipulatoire des christia­nismes historiques et des sectes actuelles (Moon, scientologistes, etc.), lesquelles cherchent à recréer artificiel­lement des «suppléments d’âme», dans une société désertifiée par le matérialisme.

A l’Occident des premiers, les seconds opposent l’Europe, parce qu’ils sont conscients que notre continent ne pourra survivre que s’il demeure entier, s’il s’unit, s’il fait retour sur lui-même, s’il recentre ses énergies pour les mettre au service de tous. Or l’idée d’Occident ne séduit que les droites françaises, belges, espagnoles et britan­niques, qui se posent comme héritières de l’Empire Romain d’Occident, issu de la scission de 395, et de l’Europe carolingienne, destructrice de l’autonomie économique des sociétés paysannes, notamment en Allemagne du Nord. Cet occidentalisme des droites, surtout lorsqu’il est vulgarisé outrancièrement, conduit implicitement à dévaloriser l’histoire des régions d’Europe situées en dehors des limites de l’Empire Romain d’Occident ou du vaste territoire jadis soumis à Charlemagne, à ignorer délibérément les productions culturelles des espaces ger­maniques, slaves, celtiques, scandinaves, grecs, magyars, roumains, finnois, etc. L’occidentalisme est une vi­sion hémiplégique de l’Europe. Une réduction délétère. Et dangereuse car elle ne valorise qu’une frange atlantique de notre continent au détriment de son centre (la Mitteleuropa), de la synthèse balkanique et de l’immensité terri­toriale russo-sibérienne, marquée du génie slave. L’occidentalisme ne valorise donc qu’une petite portion d’Europe; pire: il valorise dans la foulée le greffon monstrueux que cette portion d’Europe a crée en Amérique du Nord, cette implosion culturelle, où toutes les énergies créatrices s’annullent lamentablement.

L’historiographie russe du XIXième siècle a réagi vertement contre cette réduction. Des historiens ou philo­sophes de l’histoire comme Danilevski ou Leontiev, un écrivain aussi important que Dostoïevski, ont dénoncé l’Occident comme le terreau où a germé la maladie libérale, où l’individualisme a brisé les réflexes communau­taires, provoquant une irrémédiable décadence. Leurs arguments consistaient souvent en des laïcisations didac­tiques des reproches adressés par le christianisme orthodoxe/byzantin aux catholiques et aux protestants. Basée sur le «mir», c’est-à-dire la communauté paysanne et villageoise russe, l’orthodoxie slave dénonce l’autoritarisme catholique et l’individualisme protestant. En effet, l’église catholique nomme des prêtres étran­gers aux paroisses, condamnés par dogme à ne pas avoir de descendance donc à être des individus nomadisés, qui appliquent le plus souvent des politiques allant dans le sens des intérêts de l’église et non dans celui de l’intérêt vital, biologique et immédiat du peuple. Le protestantisme, pour sa part, laisse la porte ouverte à tous les subjec­tivismes, donc favorise la dissolution des communautés. De plus, l’église catholique a progressé en Germanie grâce à son alliance avec l’appareil militaire carolingien, lequel délègue à ses officiers démobilisés des fiefs, privant de la sorte les élites enracinées, nées au sein du peuple lui-même, de leur rôle naturel de guide. L’église catholique enclenche ainsi un processus d’aliénation catastrophique, qui creusera, tout au long du Moyen Age, un fossé profond entre la culture des élites et la culture du peuple (cette distinction a été bien mise en lumière par Robert Muchembled, historien français). Qui plus est, l’officier carolingien démobilisé devient individuelle­ment propriétaire du sol, jusqu’alors propriété collective d’une communauté villageoise et transmise telle quelle de génération en génération (lire à ce propos le splendide roman de Henri Béraud: «Le Bois du Templier pendu»). Le peuple devient économiquement dépendant du bon vouloir d’un officier allochtone.

Quand nous refusons l’occidentalisme aujourd’hui, nous ne rejettons pas simplement les enfantillages de l’American Way of Life, la fadeur de l’idéologie américaine, les horreurs de la décadence américaine par l’héroïne ou le crack, nous nous insurgeons avec une égale vigueur contre toutes les idéologies qui refusent de tenir compte de l’enracinement comme valeur primordiale. Nous sommes, pour reprendre le vocabulaire de Muchembled, du côté de la «culture du peuple» contre la «culture des élites» (nécessairement allochtones dans la définition de l’historien). Nous nions au christianisme manipulateur, à l’autoritarisme carolingien et catholique, au cléricalisme, au monarchisme coupé du peuple, toute valeur potentielle parce qu’ils nient et tuent la force jail­lissante et vivifiante de l’enracinement. Les critiques protestantes, libérales, illuministes (l’idéologie des Lumières), marxistes, etc., n’ont pas constitué des révolutions (au sens étymologique de «retour sur soi») véri­tables; elles sont restées détachées des glèbes et des chairs; elles ont tiré des plans sur la comète sans retomber dans la lourde concrétude du sol et de l’histoire; elles sont restées des joujoux d’élites bourgeoises ou embour­geoisées vivant de leurs rentes ou aux crochets de leurs amis (Marx!). Elles sont des manifestations d’occidentalisme dans le sens où l’Occident est l’assemblage hétéroclite de toutes les pensées et pratiques déta­chées des glèbes et des chairs. Lorsque nous privilégions l’usage des termes «Europe» et «européen» pour dési­gner notre vision continentale des choses, nous opérons mentalement une révolution réelle, une révolution qui nous reconduit à l’essentiel immédiat et concret, que Barrès désignait par sa belle expression: «La Terre et les Morts».

De ce choix philosophique, découle évidemment la nécessité de lutter sans relâche contre toutes les idéologies de manipulation que je viens de citer, de réhabiliter les réflexes religieux spontanés de nos populations, de se pencher sur le passé, de soutenir dans la pratique les cercles d’archéologie locale, de créer et d’instituer des formes d’économie qui assurent à tous les membres de notre communauté de quoi vivre décemment et de fonder des familles, de privilégier les droits collectifs et enracinés des peuples plutôt que les droits bourgeois, déraci­nés et individualistes que l’on nomme fallacieusement «droits de l’homme», sans apercevoir que l’humanité ne peut survivre que si les hommes concrets tendent la main à d’autres hommes concrets, vivent dans des foyers avec des femmes et des enfants concrets, travaillent dans des ateliers ou des fermes avec d’autres hommes con­crets, sans jamais être isolés comme Robinson sur son île. L’Occident a raisonné depuis mille ans en termes de salut individuel, lors de la phase religieuse de son développement, en termes de profit individuel, lors de sa phase bourgeoise et matérialiste, en termes de narcissisme hédoniste, dans la phase de déliquescence totale qu’il traverse aujourd’hui. Le centre et l’est de notre continent ont su mieux conserver l’idée de communauté charnelle. En Allemagne et en Scandinavie, les idéaux populistes de toutes sortes ont su donner une harmonie intérieure à la société depuis deux siècles, laquelle s’est traduite par des progrès considérables tant sur le plan intellectuel que sur le plan technique. L’Allemagne et la Suède enregistrent des succès industriels et sociaux considérables préci­sément parce que l’individualisme occidental les a moins marquées. Les peuples slaves et baltes ont traversé l’âge sombre de l’ère marxiste sans oublier leurs racines, comme le prouve quantité de faits divers de l’actualité récente, notamment en Estonie, en Moldavie, en Lithuanie et en Azerbaïdjan.

Dans cette optique, le recentrage de l’Europe sur elle-même ne peut se faire sur base des idéaux occidentaux et des pratiques sociales qu’ils ont générées. Le recentrage de l’Europe se fera sur base des idéaux fructueux que la philo­sophie de Herder a fait germer de Dunkerque au Détroit de Bering. Ces idéaux placent au sommet de la hiérarchie des valeurs le peuple comme porteur et vecteur d’une culture spécifique et inaliénable, hissent la solidarité com­munautaire au rang de principe social cardinal. Dans cette optique, l’autre est toujours un frère, non pas un gogo à berner, à qui soutirer du fric, un péquenaud que l’on administre à coups d’ukases, que l’on écrase d’impôts en lui contant qu’il jouit tout de même des «droits de l’homme» et qu’il n’a qu’à être bien content et s’esbaudir à la pen­sée que les p’tits chinois, eux, ils n’en bénéficient pas. Tous les défenseurs de beaux principes idéalistes sont des escobars, des escrocs, des distilleurs d’opium du peuple. L’Occident des réactionnaires et le One-World aseptisé des américanolâtres, libéraux ou ex-soixante-huitards, sont des principes de nature manipulatoire. Notre Europe, elle, n’est pas un principe, elle une terre, une terre-mère qui a enfanté dans la douleur quelques races d’hommes qui se sont entrecroisés (des Méditerranéens et des Nordiques, des Ostbaltiques et des Dinariques, etc.) puis ont pro­duit des tas de choses magnifiques qui étaient déjà inscrites virtuellement dans les gènes de leurs plus lointains ancêtres. Il faut continuer l’aventure. Il faut faire passer toutes nos énergies du virtuel au réel.

 Robert STEUCKERS.

Publicités

2 Réponses to “Pourquoi nous sommes Européens et non pas Occidentaux”

  1. Mmmf, je suis pas forcement d’accord avec cet article :

    I. Européens ou pas, nous sommes Occidentaux également, et nous devons être fiers de nos racines.

    II. Il existe bien deux groupes culturels en Europe, l’un d’influence Occidentale (latine, celtique, ibère, germanique, grecque) et une autre d’influence Slave. On ne peux pas nier les différences.

    III. L’article parle d’ignorer les référence culturelle Slaves, Finnoises ou Magyare. Il faut savoir en premier lieu que la Hongrie et la Finlande sont l’Occident. Ensuite il ne faut pas nier, qu’il y a toujours eu des sentiments anti-Occidentaux en Russie, et il ne faut pas oublier que là bas aussi, avec leur mauvais délire Eurasien, ils ne sont pas forcement partisans de l’Europe… après ne va pas dire que les « Slaves Sibériens » ou autres populations de la Russie orientale ou caucasienne sont Européennes!

  2. IV. Et même chose, je t’assure que dans des pays comme la Bosnie ou l’Albanie, ils sont loin d’avoir de belles pensées envers l’Occident (sauf quand il s’agis de les aider financièrement ou militairement quand ils ont envie d’imposer leur islamisme sauvage en Serbie).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :