Enfin le révisionnisme sur l’Histoire de l’Homme

Hier africain, aujourd’hui asiatique et demain ?

Sciences et Avenir a sauté le pas la première. Depuis que nous l’attendions, tant les doutes s’accumulaient, et que nous vous en parlions dans ces colonnes, ici même voici encore quelques jours. L’origine de l’homme avait besoin d’un bon coup de plumeau. C’est fait.

La revue met en vedette Yves Coppens, sur la couverture de son numéro de juin. Le paléontologue de renom fut l’un de ceux qui élabora la théorie multirégionale de peuplement de la planète par l’homme. Celle qui diffère de l’autre, religieusement cultivée et dénommée « Out of Africa « .

Cette dernière confine l’origine de l’Homme à l’Afrique, exclusivement. Et celle de l’homme moderne (homo sapiens sapiens), notre grand père, itou. L’un et l’autre seraient sortis de l’Est africain (le fameux Rift) entre environ 150 000 ans-90 000 ans, pour se répandre dans le monde et remplacer totalement des espèces locales d’hommes, plus anciennes, descendantes, pour faire simple, d’Homo. Du Sinkiang à la Papouasie, du cercle polaire à l’Amérique du Sud, foin d’ »Asiatiques », d’ »Amerindiens », d’ »Européens » ; nous serions tous des Africains.

Pour être encore plus précis, coexistaient trois théories (Science et Avenir écrit plus justement: « trois scénarios« ) du peuplement de la planète par les hommes. Plus ou moins bien acceptées, plus ou moins diffusées, l’idéologie jouant là-aussi son rôle.

La plus connue et la plus conforme à l’air du temps, la théorie monocentriste, dite « out of Africa », avait été imaginée par des scientifiques du British Muséum : Homo sapiens sapiens, venu d’Afrique, aurait colonisé la planète, en remplaçant les populations plus anciennement installées qu’il croisait, mais sans se croiser avec elles. A moins, mais c’est difficilement imaginable, qu’elles n’aient disparu au même moment, à la suite d’un évènement catastrophique. Or, l’histoire récente -Far-West, Incas, Aztéques- démontre que, même réduites, les populations premières ne disparaissent pas totalement.

La théorie multirégionale, ou de continuité avec hybridation, mise en valeur dans Science et Avenir, est soutenue par le français Yves Coppens, l’américain M. Wolpoff, le chinois Wu Xinzhi. Elle postule que les migrations hors d’Afrique ont été continues. Mais qu’il y a eu également des migrations de l’Asie vers l’Europe et de l’Europe vers l’Asie, avec hybridation croisée, laissant ainsi subsister des traits physiques ancestraux venant des populations antérieurement en place.

Enfin, le dernier et plus récent scénario, dit pluricentriste, a été formulé en 1947 par l’allemand Franz Weidenreich. Il y a deux millions d’années  des « homo erectus » sortent une première fois d’Afrique et se déploient en Europe et en Asie. Il y a un redéploiement des mêmes populations, en Eurasie, un million d’années plus tard. Puis, ces différentes populations évoluent dans leurs régions respectives et deviennent des sapiens sapiens.

Ce scénario privilégie l’apparition simultanée des hommes modernes dans plusieurs endroits différents. Cela semble en contradiction avec la théorie de l’évolution. Mais on sait que cette dernière n’a pas toujours la rigidité qu’on lui prête. Alors « wait and see ».

Le menton dans le jeu de quilles

C’est un menton exhumé en Chine, en octobre dernier et daté d’au moins 100 000 ans, qui a mis le feu aux poudres. Le menton est, effectivement, une preuve de modernisation de l’homme. Homo erectus n’a pas cette avancée osseuse et Néandertal l’a fuyante.

La primogéniture d’homo sapiens sapiens, en Afrique, reposait, jusque là, sur une mandibule avec un faible menton, mais un menton quand même, découverte en Afrique du Sud et datée d’il y a environ 95000 ans. C’est sur cette base que des chercheurs, vers 1990, ont élaboré la théorie de l’apparition et de l’évolution africaines d’homo sapiens sapiens. L’apparition, en Chine, d’une mandibule, avec un menton, bouscule donc les certitudes précédentes. Homo sapiens sapiens serait donc bien apparu en divers endroits.

Certes, les méthodes de datation peuvent introduire une incertitude ; mais cette incertitude peut jouer pour les deux trouvailles. Les méthodes de datation par la génétique contrecarrent, jusque là, également la théorie du sapiens sapiens apparu en Chine. En effet la génétique soutenait que l’homme moderne n’était pas présent en Asie avant -40 000 ans.

Avec cette mandibule à menton, il faut que les généticiens revoient leur copie, dans un sens ou dans un autre. Pour cela il leur faut du matériel génétique ancien sur lequel travailler, donc de l’ADN.

André Langaney, professeur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris précise que  » faute d’ADN ancien, la génétique ne peut pas trancher« . Il cite même, comme exemple de la relativité des résultats fournis par la génétique, cette constatation: « la différence entre une petite femme groenlandaise et un grand homme néerlandais aujourd’hui est frappante. Pourtant ils appartiennent à la même espèce, non? En tout cas, sans ces informations, la génétique ne peut pas trancher« . On sait également que la différence entre le génome du singe bonobo et celui de l’homme est de moins de 5% ; pourtant ils n’appartiennent plus à la même espèce.

Outre des divergences entre théoriciens de la même discipline, les disciplines peuvent s’opposer sur leurs résultats et leurs méthodes. De plus, le monde n’a pas été fouillé, mètre par mètre, et l’avenir, ou l’avancée des sciences, nous réserve bien des surprises en matière de paléontologie et d’ADN. L’important est que la science ne se fige pas en dogme, comme ce fut le cas dans l’Union soviétique de Lyssenko, et que le dogme ne tourne pas à l’idéologie suprématiste et excluante, le racisme inversé en quelque sorte.

Or, quand on lit la fin de l’éditorial de la rédactrice en chef, Dominique Leglu, qui campe toujours sur le credo du « grand brassage qui a donné notre seule et unique espèces d’Homo sapiens actuel » et qui subodore « certains démons » derrière « les variations sur hybridations et autres émigrations », on redoute déjà des manipulations de la science officielle, pour contourner la réalité multiple (on dit aujourd’hui la diversité) qui se dresse devant elle, brisant ainsi sa foi dans l’Unique.

Julien Peyrié

Source : Metamag.

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